Je suis qui, moi ? L’histoire de Nathalie

Publié le 11 octobre 2026 à 15:56

Read in English »

L’histoire de Nathalie — fiction dialoguée, inspirée du guide « Retrouver son centre » de Steeve Grangier

Steeve Grangier — octobre 2026

Personnages : Nathalie (21 ans) ; X (environ 60 ans) ; Léa, sa cousine. Fiction de bien-être : les exercices d’introspection et de respiration présentés ici ne remplacent pas une prise en charge médicale ou psychologique. Les difficultés liées au cannabis et les pensées de mort sont abordées avec la nécessité d’un soutien adapté.

🎧 À écouter en podcast sur Spotify (épisode 4) : Dialogues · Steeve Grangier. La voix de X est celle de l’auteur.

1. Le téléphone ne s’arrête jamais

Un café, en fin d’après-midi. Pluie sur les vitres. Une tasse renversée. Le téléphone de Nathalie vibre sans cesse.

Nathalie : Merde… Pardon. Je suis vraiment incapable de faire quoi que ce soit correctement aujourd’hui.

X : Ce n’est qu’un café renversé.

Nathalie : Vous ne savez pas le reste.

X : Non. Et je ne vais pas faire semblant.

Nathalie : Ma mère vient de m’envoyer huit messages. Huit ! « Tu rentres quand ? Tu as appelé l’école ? Tu as réfléchi à ton avenir ? » Elle croit que j’ai cinq ans.

X : Tu veux une serviette ?

Nathalie : Quoi ?

X : Pour la table. On peut commencer par ce qui est devant nous.

Nathalie : Vous êtes bizarre.

X : Ça m’arrive. Tu sembles avoir eu une journée difficile.

Nathalie : Une année difficile. Ou une vie. J’ai vingt et un ans, j’ai changé trois fois d’études et tout le monde agit comme si j’avais déjà raté mon existence.

X : Et toi, qu’en penses-tu ?

Nathalie : Que je suis nulle. Enfin… non. Que le monde est nul. Je ne sais même plus.

X : Tu viens de passer d’un jugement sur toi à un jugement sur le monde. C’est rapide.

Nathalie : Vous allez m’analyser ?

X : Non. Je t’écoute. Et je remarque que tu n’as pas encore posé ton téléphone.

Nathalie : C’est le seul endroit où les gens me comprennent.

X : Alors pourquoi as-tu l’air si seule ?

Nathalie : Parce qu’une fois l’écran éteint, ils disparaissent.

X : Et qu’est-ce qui reste ?

Nathalie : Moi. C’est bien le problème.

X : Je m’appelle X. Si tu veux continuer à parler, je peux rester encore un moment.

Nathalie : Je ne promets pas d’être agréable.

X : Je ne te le demande pas.

2. Les vies parfaites

Quelques jours plus tard, même café. Nathalie fait défiler des vidéos devant X.

Nathalie : Regardez. Elle a mon âge. Elle vit à Lisbonne, elle fait du sport, elle gagne sa vie avec ses vidéos. Deux cent mille abonnés. Moi, j’ai abandonné mon semestre.

X : Tu connais sa vie ?

Nathalie : Je la suis depuis trois ans.

X : Tu connais ce qu’elle choisit de montrer. C’est différent.

Nathalie : Vous allez dire que tout est faux ?

X : Non. Peut-être qu’elle est heureuse. Je n’en sais rien. Mais je voudrais savoir ce que tu ressens en la regardant.

Nathalie : De l’envie. Et de la honte. Je me dis que je devrais être plus mince, plus jolie, plus courageuse.

X : Qui a décidé de ces « devrais » ?

Nathalie : Personne. Tout le monde.

X : Voilà une réponse qui mérite qu’on s’y arrête.

Nathalie : Je ne vais quand même pas vivre dans une grotte sans Internet.

X : Je ne te l’ai pas proposé. Je te demande seulement ce que ces images ajoutent à ta vie et ce qu’elles lui retirent.

Nathalie : Elles me donnent des idées. Mais après, je me déteste.

X : Les deux peuvent être vrais. Une influence n’est pas entièrement bonne ou mauvaise. Ce qui compte, c’est ce qu’elle produit en toi.

Nathalie : Et je fais quoi ? Je supprime toutes mes applications ?

X : Ce serait encore une grande décision prise sous le coup d’une émotion. Essaie quelque chose de plus petit : dix minutes sans téléphone, après avoir regardé ces vidéos. Et demande-toi ce qui te manque réellement.

Nathalie : Dix minutes, c’est ridicule.

X : Alors ce sera facile.

Nathalie : Vous êtes agaçant.

X : Je l’ai déjà entendu.

3. La colère a un visage

Dans un parc. Nathalie revient d’une manifestation. Sa voix est vive, ses mains tremblent encore.

Nathalie : Au moins, là-bas, on se bouge ! On n’attend pas que les choses changent toutes seules.

X : Tu défendais quoi aujourd’hui ?

Nathalie : Des gens qu’on traite injustement. Des droits. Des choses importantes.

X : Tu y crois ?

Nathalie : Évidemment.

X : Alors je ne vais pas réduire ton engagement à ta colère. Mais je voudrais savoir ce qui se passe en toi quand tu rentres.

Nathalie : Je suis encore plus remontée. Je cherche des vidéos, je réponds à des inconnus, je m’engueule avec mon père.

X : La cause te tient à cœur. Pourtant la manière dont tu la vis semble t’épuiser.

Nathalie : Vous voulez que je devienne indifférente ?

X : Au contraire. Je me demande si tu pourrais défendre quelque chose sans te détruire au passage.

Nathalie : C’est facile à dire quand on n’a pas mon âge. Vous avez connu un autre monde.

X : Tu as raison. Je ne sais pas ce que signifie avoir vingt et un ans aujourd’hui. Explique-moi.

Nathalie : On doit être engagé, performant, beau, informé, disponible. Si on ne poste rien, on n’existe pas. Si on se trompe, tout le monde s’en souvient.

X : Et si tu ne remplissais aucune de ces obligations pendant une journée ?

Nathalie : J’aurais l’impression de disparaître.

X : Peut-être que c’est cette peur-là qu’il faudrait écouter, avant de chercher une nouvelle bataille.

Nathalie : Je ne veux pas qu’on me dise que mes convictions sont un problème.

X : Elles ne le sont pas nécessairement. Mais ta souffrance mérite aussi une place dans la conversation.

4. Ce que le joint met en sourdine

Le soir. Nathalie arrive épuisée. Elle n’a presque pas dormi.

Nathalie : Ma mère a trouvé mon herbe. Maintenant, je suis officiellement la honte de la famille.

X : Tu fumes depuis longtemps ?

Nathalie : Depuis le lycée. Au début, juste avec des amis. Maintenant, surtout le soir. Ça calme le bruit dans ma tête.

X : Et les soirs où tu ne fumes pas ?

Nathalie : Je tourne en rond. Je m’énerve, je dors mal. Mais c’est parce que j’ai trop de problèmes.

X : Peut-être. Il est aussi possible qu’une consommation régulière contribue à ces difficultés, notamment quand tu diminues. Je ne peux pas en juger à ta place.

Nathalie : Vous aussi, vous allez me dire d’arrêter ?

X : Je vais d’abord te demander ce que tu cherches quand tu allumes un joint.

Nathalie : Ne plus penser. Pendant une heure, je ne suis ni la fille décevante, ni l’étudiante perdue, ni celle qui se compare à tout le monde.

X : Et après ?

Nathalie : Tout revient. Parfois en pire.

X : Alors le soulagement est réel, mais temporaire. Et si tu constates que tu as du mal à t’en passer, un professionnel des addictions peut t’aider à comprendre ce qui se joue, sans te juger.

Nathalie : J’ai peur qu’on m’enlève le seul truc qui me détend.

X : Tu n’as pas besoin de promettre quoi que ce soit ici. Mais tu peux te demander ce que cette habitude te coûte, et ce que tu aimerais retrouver.

Nathalie : Je voudrais pouvoir dormir sans avoir besoin de quelque chose.

X : C’est une envie à toi. Pas à tes parents.

Nathalie : Oui. Pour une fois.

5. La phrase qu’on ne laisse pas passer

Une semaine plus tard. Nathalie a manqué deux cours et évite les appels. Long silence entre les deux personnages.

Nathalie : J’en ai marre. Il y a des matins où je ne sais même plus pourquoi je vis.

X : Quand tu dis cela, est-ce que tu veux dire que tu te sens perdue, ou est-ce que tu as pensé à te faire du mal, à mourir ?

Nathalie : Je me sens vide. Je me suis dit que ce serait plus simple de ne pas me réveiller. Mais je n’ai pas de projet pour me faire du mal.

X : Merci de me le dire. Je prends ça au sérieux. Est-ce que tu te sens en sécurité aujourd’hui ?

Nathalie : Oui. Mais ça me fait peur de penser comme ça.

X : Je comprends. Tu ne devrais pas rester seule avec ces pensées. Est-ce qu’il y a quelqu’un de confiance que tu peux appeler ce soir ?

Nathalie : Ma cousine, Léa. Elle ne me fait pas la morale.

X : Tu pourrais lui dire ce que tu viens de me dire ? Et prendre rendez-vous avec un médecin ou un professionnel de santé mentale ? Ton épuisement, ton sommeil et ces pensées méritent une aide adaptée.

Nathalie : Je croyais que vous alliez me faire respirer et dire que ça passerait.

X : Respirer peut aider pendant un moment difficile. Mais cela ne remplace pas des soins quand la souffrance devient aussi lourde. Et si tu ne te sentais plus en sécurité, il faudrait chercher une aide urgente immédiatement.

Nathalie : Vous n’avez donc pas une méthode pour tout ?

X : Non. Et ce serait dangereux de te le faire croire.

Nathalie : Je peux envoyer un message à Léa maintenant.

X : Oui. Je peux rester pendant que tu l’écris, si tu le souhaites.

Nathalie : « J’ai besoin de parler. Pas demain. Ce soir. » Voilà.

X : C’est un geste important.

Nathalie : C’est juste un message.

X : Parfois, un geste simple est exactement ce qu’il faut.

6. Un mot pour ce qui déborde

Quelques semaines plus tard. Nathalie a consulté et reste en contact avec sa cousine. Elle retrouve X après un entretien d’orientation raté.

Nathalie : J’ai bafouillé. J’ai oublié la moitié de ce que je voulais dire. Ma mère m’a appelée juste après. Je vais exploser.

X : Qu’est-ce qui te pèse le plus, maintenant ?

Nathalie : Tout. Ne recommencez pas avec vos questions.

X : Alors pas dix questions. Une seule : si tu devais choisir un mot ?

Nathalie : Pression.

X : Où la sens-tu ?

Nathalie : Dans la poitrine. Et la mâchoire.

X : Tu veux essayer de relâcher la mâchoire, de sentir tes pieds au sol et de laisser ton souffle ralentir ? Sans forcer.

Nathalie : Ça ne va pas réparer mon entretien.

X : Non. Mais peut-être t’aider à ne pas prendre ta prochaine décision dans la panique.

Nathalie : … Je respire un peu mieux.

X : Qu’est-ce qui mérite ton attention aujourd’hui ? Une seule chose.

Nathalie : Rappeler l’école et demander s’il y a une autre possibilité.

X : Tu peux le faire quand tu te sentiras prête.

Nathalie : C’est étrange. Vous n’avez rien résolu. Mais j’ai moins l’impression que tout est perdu.

X : Tu viens de séparer une difficulté précise de l’idée que toute ta vie est un échec.

Nathalie : Ça paraît évident dit comme ça.

X : Quand on est submergé, l’évidence se cache bien.

7. Les parents et les frontières

Dans une rue calme. Nathalie vient de raccrocher au nez de son père.

Nathalie : Il m’a dit : « À ton âge, j’avais déjà un métier. » J’ai répondu qu’il ne comprenait rien à rien.

X : Est-ce qu’il t’a blessée ?

Nathalie : Oui. Il pense que je suis paresseuse.

X : Et toi, que penses-tu qu’il ressent ?

Nathalie : De la honte.

X : Tu le sais, ou tu l’imagines ?

Nathalie : … Je l’imagine. Il est peut-être inquiet.

X : Il peut être inquiet et maladroit. Tu peux être blessée et injuste dans ta réponse. Plusieurs choses peuvent coexister.

Nathalie : Alors je dois m’excuser ?

X : Tu n’es obligée de rien. Mais tu peux choisir ce que tu veux préserver dans cette relation.

Nathalie : Je voudrais qu’il arrête de me comparer à lui.

X : Peux-tu le lui dire sans l’attaquer ?

Nathalie : « Papa, je sais que tu t’inquiètes. Mais quand tu compares ma vie à la tienne, je me sens encore plus perdue. »

X : Et quelle limite aimerais-tu poser ?

Nathalie : « Je veux bien parler de mes projets, pas me faire juger tous les soirs. »

X : Voilà un non qui ne ferme pas la porte.

Nathalie : Il risque de mal le prendre.

X : Tu ne contrôles pas sa réaction. Tu peux seulement essayer d’être claire sur la tienne.

Nathalie : Je crois que c’est ça qui m’épuise : vouloir contrôler la manière dont tout le monde me voit.

8. Une soirée sans fuite

Chez Nathalie. Une scène solitaire, ponctuée par une courte conversation téléphonique avec Léa.

Nathalie : (à elle-même) Dix minutes sans écran. C’est idiot… Je peux bien essayer.

Elle retourne son téléphone, ouvre la fenêtre, puis referme aussitôt. Sa main cherche machinalement l’appareil.

Nathalie : Je suis nerveuse. Je voudrais fumer. Ou regarder une vidéo. N’importe quoi pour ne pas rester là.

Elle s’assoit. Ses épaules sont hautes. Elle les relâche. Elle remarque son souffle, puis écrit sur une feuille : « Solitude. Peur. Fatigue. »

Nathalie : Je n’ai pas besoin de régler ma vie ce soir. Juste de passer cette soirée autrement.

Elle appelle Léa.

Léa : Allô ?

Nathalie : Tu peux parler cinq minutes ? J’ai une soirée compliquée.

Léa : Bien sûr. Tu veux raconter ou juste que je reste en ligne ?

Nathalie : Juste rester en ligne, au début.

Le lendemain, Nathalie ne se sent pas transformée. Mais elle a traversé une soirée difficile sans rester isolée, et elle le remarque.

9. Revenir en arrière

Une dispute avec sa mère. Le lendemain, Nathalie retrouve X, honteuse.

Nathalie : J’ai recommencé. J’ai fumé, j’ai passé la nuit sur mon téléphone, et j’ai raté mon rendez-vous. Tout ce qu’on a dit n’a servi à rien.

X : Tu as passé une mauvaise nuit. Ce n’est pas la même chose que « rien n’a servi ».

Nathalie : Vous trouvez toujours une formule pour arranger les choses.

X : Alors je vais être clair : tu as manqué un rendez-vous important. Il y a des conséquences. Et tu peux aussi apprendre de ce qui s’est passé.

Nathalie : J’étais furieuse après ma mère. J’ai eu envie de m’anesthésier.

X : Tu identifies mieux le moment où l’envie apparaît. Qu’est-ce qui pourrait t’aider la prochaine fois ?

Nathalie : Appeler Léa. Sortir marcher. Ne pas garder de cannabis à portée de main. En parler au professionnel que je vois.

X : Ce sont des options concrètes. Laquelle te semble possible cette semaine ?

Nathalie : En parler au rendez-vous de jeudi. Et rappeler pour celui que j’ai manqué.

X : Tu n’as pas besoin de te punir pour avancer.

Nathalie : J’ai quand même honte.

X : Tu peux reconnaître ce que tu regrettes sans en faire ton identité.

Nathalie : Donc je ne suis pas « celle qui rate tout ».

X : Tu es celle qui a raté quelque chose, aujourd’hui. Ce n’est pas toute ton histoire.

10. La sphère

Un banc au bord de l’eau. Le ciel change rapidement. Nathalie demande enfin à X d’expliquer sa façon de penser.

Nathalie : Vous ne m’avez jamais dit pourquoi vous posez toujours des questions au lieu de donner des conseils.

X : Parce que les conseils peuvent devenir un bruit de plus. J’essaie de regarder une situation sous plusieurs angles, y compris ceux qui me contredisent.

Nathalie : Comme quoi ?

X : Imagine une sphère. Tu es au centre, et tout autour il y a des directions possibles : ta famille, tes amis, tes études, tes convictions, tes peurs. Aucune direction ne doit décider seule de ta vie.

Nathalie : Donc je peux changer d’avis ?

X : Oui. Et tu peux aussi tenir à quelque chose sans t’y enfermer. L’intuition te signale parfois une direction ; l’observation et la réflexion t’aident à vérifier si elle te convient.

Nathalie : Ça ressemble à une philosophie.

X : Pour moi, c’est surtout une manière de penser et de s’observer. Je ne te demande pas d’y croire.

Nathalie : Et le centre, c’est quoi ? Être toujours calme ?

X : Non. C’est pouvoir reconnaître ce qui t’entraîne et retrouver assez d’espace pour choisir. Même quand tu es triste ou en colère.

Nathalie : Alors j’ai parfois un centre et parfois non.

X : Peut-être qu’il ne disparaît pas. Il devient simplement difficile à sentir quand trop de choses parlent à ta place.

Nathalie : J’aime bien l’idée de la sphère. Mais si je tourne dans tous les sens, je n’avance jamais.

X : Bonne objection. Être libre de regarder partout ne signifie pas rester immobile. Il faut aussi choisir une direction, même provisoire.

Nathalie : Ça, je peux essayer.

11. Une décision qui lui appartient

Deux mois plus tard. Nathalie a trouvé un stage d’observation dans un atelier de graphisme. Elle n’est pas sûre d’en faire son métier.

Nathalie : J’ai accepté un stage de trois semaines. Je ne sais pas si ça me plaira.

X : Et tu as quand même accepté ?

Nathalie : Oui. Avant, j’aurais attendu d’être sûre à cent pour cent. Maintenant, je me dis que trois semaines, ce n’est pas une condamnation à vie.

X : Comment vont les choses chez toi ?

Nathalie : Pas parfaites. Mon père pose toujours trop de questions. Mais j’arrive parfois à lui répondre sans hurler. Et il m’a proposé de m’accompagner le premier jour.

X : Tu as accepté ?

Nathalie : Non. Je lui ai dit merci, mais que je voulais y aller seule. Il l’a bien pris. Enfin, presque.

X : Et les réseaux ?

Nathalie : J’y vais encore. J’ai désactivé quelques notifications. Je suis toujours jalouse parfois. Mais je remarque plus vite quand je commence à me comparer.

X : Et le cannabis ?

Nathalie : J’en parle avec la personne qui m’accompagne. Il y a des jours plus faciles que d’autres. Je ne vais pas prétendre que tout est réglé.

X : Tu n’as pas à le prétendre.

Nathalie : Le plus étrange, c’est que je n’ai pas trouvé « ma vraie personnalité ». Je suis toujours changeante.

X : Tu pensais devoir devenir quelqu’un d’immuable ?

Nathalie : Oui. Maintenant, je crois que je peux évoluer sans me trahir.

12. Retrouver son centre

Dernière rencontre. Même café qu’au début. Le téléphone de Nathalie vibre ; elle le laisse dans son sac.

X : Tu ne regardes pas ton téléphone ?

Nathalie : Si c’est urgent, on me rappellera.

X : Tu as l’air différente.

Nathalie : Je suis toujours moi. Je suis même encore assez pénible, certains jours.

X : Ça, je n’en doute pas.

Nathalie : Avant, je voulais qu’on me dise quoi faire de ma vie. Mes parents, mes amis, les gens sur Internet… Même vous.

X : Et maintenant ?

Nathalie : J’écoute encore les autres. Mais j’essaie de ne plus leur donner le dernier mot.

X : Tu sais où tu vas ?

Nathalie : Pas exactement. Et pour une fois, ça ne m’empêche pas d’avancer.

X : Qu’est-ce que tu retiens de nos conversations ?

Nathalie : Que je peux ressentir quelque chose sans lui obéir immédiatement. Que ma colère n’est pas toute ma pensée. Que demander de l’aide n’est pas perdre ma liberté. Et qu’une mauvaise journée ne raconte pas toute ma vie.

X : Tu as trouvé ton centre ?

Nathalie : Pas comme on trouve une adresse. Parfois je le perds encore.

X : Alors ?

Nathalie : Alors je sais mieux comment revenir. Je pose le téléphone. Je respire. Je donne un nom à ce qui pèse. Je choisis une petite chose à faire. Et quand c’est trop lourd, je ne reste plus seule.

X : Cela me paraît être un bon début.

Nathalie : Un début ? Après tout ce temps ?

X : Tu préférerais une fin ?

Nathalie : Non. Finalement, non.

Dehors, la pluie s’est arrêtée. Nathalie sort sans regarder l’écran qui s’allume dans son sac. Elle ne sait pas encore exactement quelle vie elle construira. Mais elle commence à reconnaître celle qu’elle est en train de vivre.

Note finale

Le récit transpose librement plusieurs pratiques du guide : reconnaître les influences extérieures, nommer une émotion, revenir au corps, réduire les sollicitations, poser un « non » juste, rechercher le minimum de clarté et accepter les fluctuations de l’équilibre. Le personnage de X n’est pas un thérapeute et ne se substitue jamais aux professionnels qui accompagnent Nathalie.

Si vous traversez une période difficile, n’en restez pas seul. En Suisse : La Main Tendue, 143 (jour et nuit). En France : 3114. En cas d’urgence, appelez les secours.

Steeve Grangier — octobre 2026

💬 Votre avis compte. Nathalie vous ressemble-t-elle ? Réagissez dans les commentaires ci-dessous.

Ajouter un commentaire

Commentaires

Il n'y a pas encore de commentaire.